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Retour à l’accueilARLAN GREY · STRATÉGIE & INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Point de vue Arlan Grey

Acheter, développer ou renoncer à l’IA : ce qui fait basculer la décision

| 6 minutes de lecture

Une solution interne peut sembler moins chère et perdre son avantage dès que les reprises augmentent. La décision se joue sur le coût d’un résultat accepté et sur la capacité à tenir le service.

Notre position : acheter quand la solution répond au besoin et que ses dépendances sont acceptables ; développer quand la différence créée justifie aussi la charge d’exploitation ; différer quand les données ne permettent pas encore de trancher.

Dans son enquête 2026, McKinsey indique que 32 % des répondants déclarent avoir renoncé à l’achat d’au moins un logiciel ou d’une fonctionnalité grâce aux outils de développement agentiques. Ce résultat décrit une décision déclarée, pas sa rentabilité. Il ne démontre pas que développer coûte moins cher.

Comparer des engagements de service

Le devis d’un éditeur et le budget d’un prototype ne couvrent pas nécessairement le même service. Avant de comparer, fixer le périmètre traité, le niveau de qualité, les délais, le circuit des exceptions et la responsabilité de maintenance. Une automatisation classique ou une simplification du processus mérite aussi d’être évaluée.

Acheter : vérifier sur des cas représentatifs ce qui est inclus dans le contrat, facturé à l’usage, exportable et à la charge de l’entreprise. Les contrôles de l’éditeur ne dispensent pas de contrôles internes.

Développer : financer une capacité durable de test, de supervision et de maintenance. Un développement interne peut dépendre de modèles, d’infrastructures ou de prestataires externes ; il ne garantit pas à lui seul la maîtrise des données.

Différer ou renoncer : conserver une alternative explicite, avec son coût et une date de réexamen. Cette décision se justifie lorsque le besoin reste mal défini, que la qualité est insuffisante ou que les moyens d’exploitation ne sont pas disponibles.

Calculer le coût des dossiers résolus

Exemple entièrement fictif, sans lien avec une mission client. Une entreprise compare trois façons de traiter 60 000 demandes par an pendant trois ans. Le coût complet du traitement humain est supposé égal à 1,50 € par demande, contrôle et pilotage inclus. Les deux solutions IA résolvent 80 % des demandes au niveau de qualité attendu ; les 20 % restantes sont reprises intégralement par un humain. Les délais et la qualité finale sont supposés comparables, ce qui doit être démontré avant toute décision.

Hypothèses : 20 000 € de mise en place pour l’achat, facturé 0,50 € par demande résolue ; 40 000 € de développement interne, puis 0,10 € par tentative et 10 000 € de maintenance annuelle. Pour chaque option IA, on ajoute 6 000 € de pilotage annuel et un contrôle qualité sur 5 % des demandes résolues, à 0,75 € par contrôle. Tous ces montants sont des hypothèses de calcul, pas des tarifs de marché.

Coûts comparés sur trois ans, en euros
Poste Achat Développement Traitement humain
Mise en place, une fois 20 000 40 000 0
Usage annuel 24 000 6 000 0
Traitement et reprises humaines annuels 18 000 18 000 90 000
Contrôle qualité annuel 1 800 1 800 Inclus
Maintenance annuelle Incluse 10 000 Incluse
Pilotage annuel 6 000 6 000 Inclus
Total sur trois ans 169 400 165 400 270 000

Le calcul est reproductible : 48 000 demandes résolues, 12 000 reprises humaines et 2 400 contrôles qualité par an. Achat : 20 000 + 3 × (24 000 + 18 000 + 1 800 + 6 000) = 169 400 €. Développement : 40 000 + 3 × (6 000 + 18 000 + 1 800 + 10 000 + 6 000) = 165 400 €.

Le développement conserve un avantage de 4 000 € sur trois ans. Cet écart est insuffisant pour conclure sans tester la sensibilité du modèle. Les montants sont non actualisés, hors fiscalité et financement. Ils supposent une mise en service dès le début de la période, sans montée en charge. Les coûts de migration, de sortie, de double fonctionnement ou de délais supplémentaires doivent être ajoutés lorsqu’ils existent.

L’écart avec le traitement humain valorise des ressources mobilisées. Il ne constitue une économie de trésorerie que si une dépense est effectivement évitée. Du temps libéré peut créer de la capacité utile sans réduire les charges.

Tester ce qui inverse le classement

Deux tests suffisent à montrer la fragilité du premier classement.

Premier test : 6 000 € de développement supplémentaire portent le total interne à 171 400 €. L’achat devient moins coûteux de 2 000 €. Le coût de réalisation n’est donc pas un détail à reporter après l’arbitrage.

Deuxième test : si les deux solutions ne résolvent que 60 % des demandes, les reprises passent à 24 000 par an. Avec les autres hypothèses inchangées, l’achat revient à 204 050 € sur trois ans, contre 218 050 € pour le développement. Le paiement à la résolution protège ici davantage l’acheteur ; cet avantage disparaîtrait avec une autre règle de facturation.

Le taux de résolution doit être mesuré sur des demandes représentatives, y compris les cas difficiles. Un contrôle par échantillonnage ne garantit pas l’absence d’erreurs dans les autres réponses. Si certaines erreurs sont inacceptables, une validation systématique peut être nécessaire et doit être chiffrée séparément.

Décider sous conditions

Avec les hypothèses centrales, nous ne recommandons pas d’engager un développement sur le seul argument d’économie. Son avantage de 4 000 € doit être mis en regard d’une responsabilité d’exploitation supplémentaire et d’une performance encore hypothétique. Un besoin de différenciation, une contrainte d’intégration ou un contrôle mieux démontré peuvent néanmoins justifier cette option.

Le dossier présenté à la direction doit fixer cinq éléments : le service attendu, les coûts comparés au même horizon, les preuves de qualité, le responsable de l’exploitation et les seuils qui conduisent à poursuivre, revoir ou arrêter. La décision d’investissement devient alors révisable sur des faits.

Arlan Grey accompagne cet arbitrage dans le cadre du Diagnostic de décision IA : comparer les options, éprouver les hypothèses et formaliser une recommandation avec ses conditions de mise en œuvre. Le périmètre, les livrables et les honoraires sont définis dans une proposition de mission.

Source et portée de l’analyse

McKinsey, The state of AI in 2026: On the road to ROI. Publié le 25 août 2026, consulté le 27 septembre 2026. Enquête déclarative auprès de 1 719 participants dans 97 pays, menée du 4 mai au 8 juin 2026. Ses résultats ne constituent pas une estimation propre aux PME ou ETI françaises.

La grille d’arbitrage et la simulation sont une analyse Arlan Grey. Les montants, volumes et performances sont fictifs ; aucune référence client ni promesse de résultat n’est présentée.